Tout a commencé en 1968 par un petit film en noir et blanc
de George A. Romero qui a revisité le mythe des zombies dans le contexte,
dit-on, de la guerre du Vietnam : La nuit des morts-vivants.
Lors d’expériences nucléaires, les morts se réveillent et sortent de leurs
tombes afin d’anéantir les vivants. Devenu film culte, il fut prolongé par
Romero lui-même d’une demi-douzaine de longs-métrages (en couleur) qui ont,
chacun à leur façon, enrichi l’univers merveilleux de nos amis d’outre-tombe.
Dans les années quatre-vingt, le mort-vivant, jusque-là un
peu marginal, devient mainstream grâce au célèbre clip de John Landis servant
d’illustration au Thriller de Michael Jackson. J’ai d’ailleurs
revu les quatorze minutes de celui-ci, il y a quelques semaines, au musée du
Rock de Barcelone.
Désormais, on sait tout du mort-vivant de base. Il est, il
faut bien le dire, assez peu soigneux de sa personne. Il a même un côté
franchement négligé, voire défiguré, voire décomposé… Peu véloce, il erre de sa
démarche saccadée à travers villes et campagnes à la recherche de cette chair
humaine (bien fraîche celle-là) qui l’aidera à régénérer le petit quart de
cervelle qui lui reste. C’est d’ailleurs cette dernière petite partie vivante
de lui-même qu’il faut neutraliser si on ne veut pas terminer en steak tartare
et être transformé soi-même en mort-vivant. Une balle de revolver peut faire
l’affaire, mais, le bruit risquant d’attirer ses congénères, il vaut mieux un
petit coup de hache sur le crâne : bien ajusté, celui-ci peut régler
définitivement le problème. Cependant, si vous reconnaissez dans le mort-vivant
un ancien copain d’école ou une ex-petite amie, l’opération peut déclancher un
cas de conscience. Il est alors recommandé de ne pas trop réfléchir car, si
isolé il est plutôt balourd, en groupe, le mort-vivant est extrêmement
dangereux et glouton. D’ailleurs, à sa mine chafouine et même carrément
renfrognée, on voit bien qu’il a des tas de choses à reprocher aux survivants
(le 2e opus de Romero, Zombie, montre en 1978 l’assaut
d’un centre commercial pour une véritable armée de morts-vivants, une façon
radicale de contester les abus de la grande distribution…)
En 2003, le mythe est spectaculairement relancé par une
série de BD publiée sous forme de « comic books », Walking
dead. Sur la quinzaine de volumes publiés, j’en ai lu une dizaine, mais
mon enthousiasme est tel que je n’ai pas pu attendre la fin de ma lecture pour
pondre ce petit billet coup de cœur.
Les dessins en noir et blanc peuvent ne pas susciter une
admiration esthétique totale, mais ils servent à la perfection le diabolique
scénario de Robert Kirkman et c’est bien l’essentiel. Walking
dead, c’est un peu le « A la recherche du temps perdu » des
morts-vivants ! Road movie horrifique, la série de BD nous permet
d’accompagner de nombreux survivants aux histoires personnelles contrastées,
contradictoires, navrantes… humaines, quoi ! Leurs réactions face à
l’apocalypse démontrent à l’évidence qu’évoluer dans un monde de morts-vivants
ne rend pas les vivants- vivants plus solidaires que cela. Métaphore quand tu nous
tiens !
Cerise sur le gâteau, les productions AMC ont adapté la BD
dans une série télévisée qui en est déjà à sa troisième saison aux USA. Pour ma
part, j’ai vu la première et je peux dire que la réalisation de Franck Darabond
(le réalisateur de La ligne verte) est une superbe réussite, à la
fois spectaculaire et intimiste.
Les premiers épisodes ont pour cadre Atlanta, submergée par
des milliers de morts-vivants coincés dans le centre ville de la mégapole. Or,
l’été dernier, j’ai passé quelques jours à Atlanta. Je me souviens très bien,
lorsque je courrais selon mon habitude, dès l’aube, dans les rues en principe
désertes de la ville, avoir aperçu quelques silhouettes hésitantes qui se
mettaient à tituber dans ma direction… Rétrospectivement, j’en ai des frissons
dans le dos ! En effet, il est très rare que je prenne une hache avec moi
quand je cours…

































